Bon alors, je ne vais pas parler de la dernière pièce que j'aie vu car, ces derniers temps, l'actualité théâtrale m'a paru un peu décevante

mais si je dois extirper une mise en scène de ma mémoire, ce sera celle du "Phèdre" de Racine adapté en 2003 à la Cartoucherie ( Vincennes ).
Il s'agissait d'une troupe indépendante qui avait dressé dans le jardin du lieu un chapiteau. A l'intérieur, les règles habituelles du théâtre étaient inversées ! Le public, étendu sur deux rangées, était traversé d'une passerelle bizarre de verre et de métal, un peu dans le style de celles utilisés pour les défilés de mannequin, elle-même composée de deux niveaux.
L'éclairage, quant à lui, était assuré par de gigantesques rampes de spots blancs, comme dans un stade.
Les "noirs" traditionnels, ainsi, étaient remplacés par des "blancs" éclatants.
Et là, la magie opèra quasi-instantanément. En fait, il faut préciser que Racine, pour ma part, n'est pas l'un de mes auteurs préférés. Ses tournures longues et alambiquées m'ayant, jusque là, habitué à des représentations classiques, longues et - il faut bien le dire - chiantes.
Seulement, avec l'aide d'une scénographie pareille, le metteur en scène avait sû effacer ce problème.
La proximité extrême du public avec les comédiens ( j'aurais, pour ma part, pu toucher leur visage en étendant le bras ) ajoutait un trait inhabituel dans ce genre d'évènements : Les personnages pouvaient murmurer ici leurs peines et leurs souffrances, sans avoir à les déclamer de façon grotesque.
Un sérieux avantage.
La musique, quand à elle, était composée d'une espèce de harpe bizarre, peut-être un luth du moyen-âge, dans un style assez japonais, et de percussions live, effet saisissant garanti.
Imaginez deux cent personnes suréclairées et tournées vers une rampe de verre, sur laquelle Jason, fameux héros de l'antiquité, renie son fils après que sa femme, Phèdre, ait évoqué un inceste, en pleine cour royale...
Bref, un intense moment de jubilation artistique.
Angel Wyvern.